Voici des fleurs parue dans Hart #181

Vue de l’exposition ‘Voici des fleurs’, courtesy of the artists and La Loge

Personnalité forte et importante de l’avant-garde bruxelloise au vingtième siècle, Akarova (1904-1999) était surtout chorégraphe, mais aussi musicienne, costumière, scénographe, sculptrice, dessinatrice, etc. dans une visée d’oeuvre d’art totale. Elle habitait Ixelles au dessus de la petite salle de spectacle qu’elle avait fait bâtir par Jean-Jules Eggericx. A La Loge, un bâtiment fortement marqué du point de vue architectural et proche des lieux où Akarova a travaillé et vécu, l’exposition ‘Voici des fleurs’ s’ouvre sur un rideau et un costume de scène qu’elle avait conçus pour ‘Rhapsody in Blue’ en 1939. Si d’autres oeuvres de l’artiste (une sculpture et des oeuvres sur papier) sont présentes dans l’exposition, il ne s’agit pas ici d’une rétrospective mais d’une proposition faite à six artistes contemporaines de ‘résonner’ avec le personnage d’Akarova et avec son travail. En 1989 déjà, dans un cadre scolaire, Ana Torfs & Jurgen Persijn (le seul homme présent dans l’exposition) avaient réalisé une petite vidéo retraçant une journée de Madame Akarova découvrant une personnalité fascinante par sa vivacité.

Une relation ténue ou affirmée au théâtre apparait dans la plupart des oeuvres. Ainsi, Pauline Curnier-Jardin a imaginé une scène théâtrale pour y projeter ‘Solo pour Geneviève’, un film consacé à sa grand-mère. Sur le rideau fait de sequins, des motifs floraux se dessinent; il encadre l’écran sur lequel on peut voir un fauteuil vide. De temps en temps, surgissant comme un spectre, une vieille dame apparait. Elle chante quelques mesures d’un air d’antan, récite quelques vers de Prévert ou se lève et esquisse quelques pas de danse avant de se dissoudre dans l’image. L’installation sonore de Hanne Lippard prend place dans un envirronement défini par un rideau couleur chair. Elle concerne aussi le questionnement du vieillissement et de la mort. Au sous-sol, le film ‘Area of Overlap’ d’Anne Hardy apparait comme une mise en scène théâtrale où des objets de métal, de verre ou de béton bougent, se déplacent brusquement et bruissent à la manière d’acteurs. Les aquarelles de Leen Voet interprètent picturalement les descriptions qu’Akarova a laissées de sa salle de spectacle.

Entre forme et théâtre, Caroline Mesquita propose ici des sculptures en tôle représentant des membres géants articulés ou des objets à la fois organiques et géométriques. Par ses interactions à la fois érotiques et effrayantes, un de ces volumes devient un ‘personnage’ du film ‘La Machine Room’. Les trois collages de la série ‘Still Life’ de Lili Dujourie- des papiers déchirés de couleurs franches superposés les uns aux autres sur un fond blanc – apparaissent formels et abstraits. Ils sont été réalisés au milieu des années 70, une période charnièrepour l’artiste, entre ses oeuvres minimalistes et ses sculptures de velours. Par leurs couleurs et l’infime volume provoqué par les bords irréguliers de la déchirure, ces collages portent en eux le mouvement du changement et sont ainsi très proches de l’esprit d’Akarova.

‘Voici des fleurs’ jusqu’au 30 juin à La Loge, rue de l’Ermitage, 86 à Bruxelles. Ouvert je-sa de 12-18h. www. la-loge.be