Lumière et obscurité : Chaïm van Luit

D’un côté, à la galerie Meessen De Clercq, il y a ‘Via Lucis II’ – littéralement ‘le chemin de la lumière’ -, une exposition qui s’attache à la lumière et à sa déclinaison à travers différents médiums (peinture, sculpture, agencements d’objets, vidéo). De l’autre, dans un solo show que la galerie présente à Art Brussels, le jeune artiste néerlandais Chaïm van Luit (°1985) affirme la co-présence de son opposé : la noirceur.

Lumière et obscurité, les deux faces d’un même projet apportent une première approche du travail de Chaïm van Luit. Depuis plusieurs années, l’artiste s’intéresse à ce qui est enfoui, ce qui se trouve sous terre. En 2014, dans une version urbaine, il a exploré les tunnels du métro bruxellois, mais son travail s’attache plus souvent aux sites naturels proches de son atelier à Maastricht. C’est ainsi qu’il s’intéresse particulièrement à un important réseau de couloirs souterrains que l’on trouve dans le Sud du Limbourg d’où, depuis des siècles, l’homme extrait la marne (un calcaire argileux). L’artiste travaille également avec un détecteur de métaux qu’il promène dans les bois de la région et parfois plus loin (e.a. sur les sites de la bataille des Ardennes). Grâce à cet outil, pour le moins inhabituel pour un artiste, il fouille la terre pour y récolter des morceaux de métal. Ces derniers, chargés d’un passé souvent inconnu, deviennent éléments de l’oeuvre. Ainsi, un assemblage de morceaux de fils métalliques dans lequel chaque morceau devient une maille forme une chaîne tendue entre le sol et le plafond. Parmi tous les fragments de métaux qu’il recueille, il a trouvé une multitude de bagues de pigeons colorées, numérotées et datées. Il les a disposées les unes à côté des autres en fonction des couleurs de l’arc-en-ciel – donc de la décomposition du spectre de la lumière – pour former une ligne courbe ou un cercle.




La forme circulaire est un élément déterminant de son œuvre. Un cercle n’a ni début, ni fin, il évoque l’infini. Dans une de ses premières vidéos, l’artiste montrait un cycliste roulant suivant la forme du symbole infini qu’il marquait au sol par son passage répétitif dans des pigments colorés. Ici, ‘Circumscribe’ un cercle de 250 cm de diamètre est fait de néons. Il correspond à l’envergure de l’artiste, marquant ainsi les limites que son corps peut atteindre. A Art Brussels, ‘Stillness in movement’, un cercle tracé par un étrange compas – un bois de cerf, produit de la mue annuelle trouvé dans une forêt – renvoie ici à la circularité de la nature. Dans la galerie, on retrouve sa reproduction en marbre réalisée avec des techniques de pointe de découpe. Contrairement à l’objet trouvé, sa reproduction nécessite une modification de la forme – la présence d’un rectangle en son centre.

Le film ‘Legato’, réalisée en collaboration avec Joep Vossebeld, décrit l’univers de van Luit : une forêt, le bord d’une route, un tracteur qui retourne la terre, la lumière qui surgit à la sortie d’une grotte ou encore le cercle orangé du soleil. Ces images sont intimement liées à son travail : les lieux qu’il explore, la terre qu’il retourne ou encore le cercle et la lumière. La durée de chaque plan s’appuie sur le son lancinant produit par un harmoniste occupé à accorder l’orgue de la cathédrale d’Aix-la-Chapelle. Le film témoigne de la clarté du paysage, de celle qui émane de la musique. A l’inverse, les deux vidéos présentes à Art Brussels entraînent le spectateur à travers le réseau de galeries de la zone frontalière entre la Belgique et les Pays-Bas. Les images s’attachent aux signes, centenaires ou récents, inscrits sur les parois souterraines. Cette plongée dans le fond de la terre témoigne d’une idée chère à Chaïm van Luit : celle d’univers et de temps parallèles. Tout ce que l’on peut extirper de l’obscurité pour le mettre en lumière, revient à remettre au jour (donc aussi à l’aujourd’hui) des éléments du passé, à leur redonner une vie actuelle. On retrouve ici encore la répétition et la circularité qui caractérisent le travail de l’artiste.

Chaïm van Luit se considère comme un peintre. A cet égard, dans la galerie, une série de cinq toiles monochromes passant d’un rose charnel au blanc font écho à une toile noire dans le stand. La surface de chacune est striée par des passages réguliers de la brosse, horizontaux et verticaux, dans lesquels on retrouve les mouvements d’un tracteur dans un champ, métaphore de l’artiste fouillant la terre meuble ou les souterrains pour y faire les découvertes qui donneront naissance à son oeuvre.

La pratique de Chaïm van Luit s’organise sur le mode de la découverte. Elle est basée sur l’observation, la récolte, la transformation des éléments retenus. Chacun d’entre eux apporte une signification qui appartient à son contexte d’origine et se mêle aux autres dans une variété de temps et de formes qui parlent à la contemporanéité.

Solo show, galerie Meessen De Clercq, Art Brussels 2018

‘Via Lucis II’ de Chaïm van Luit jusqu’au 5 mai à la galerie Meessen De Clercq, 2a, rue de l’Abbaye à Bruxelles. Ouvert ma-sa de 11-18h. meessendeclercq.be