Bande-annonce

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Quelques mots, des extraits de textes, devraient guider mes recherches dans les jours, les semaines, les mois à venir.

Les premiers viennent du recueil de Pier Paolo Pasolini, Poésie en forme de rose :

“E io, feto adulto, mi aggiro

più moderno di ogni moderno

a cercare fratelli che non sono più”

ou

“- come in un film di Godard – riscoperta

del romanticismo in sede

di neocapitalistico cinismo, e crudeltà -“

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L’autre extrait débute le texte de Dirk Snauwaert dans le catalogue de l’exposition Atopolis ouverte à Mons la semaine dernière :

“Alors que nous avions appris à connaître la liberté procurée par la suppression des murs et des barrières imposés par les idéologies, alors que la libre circulation des idées et l’information avait permis d’instaurer la démocratie et la justice généralisée, et que les distances entre les lieux et les humains avaient été supprimées et étaient devenues virtuelles grâce au numérique, alors que cette nouvelle phase de la modernité baptisée « ère de la globalisation » était à peine réalisée, nous étions finalement entrés dans celle de la « post-histoire ». Nous nous sommes alors réveillés de ce simulacre, stimulés par de nouveaux chocs, en réalisant qu’entre-temps, la notion de futur nous avait été enlevée, et avec elle l’horizon d’une société juste, d’une existence épanouie, d’une vie meilleure – futur et horizon substitués par une vue de l’histoire contaminée par les habitudes et les traditions du compromis et versant inexorablement dans le fatalisme.”

Il s’agira de s’inscrire dans la pensée d’un futur possible, de repérer la manière dont les artistes inscrivent cette possibilité dans les formes poétiques qu’ils produisent ainsi que le montre remarquablement Atopolis. Je reviendrai plus longuement sur cette exposition dans les prochains jours…

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Quelques notes au sujet de ‘Plis du temps’ l’exposition de Lili Dujourie au SMAK et au MuZEE

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A travers la photographie, le plâtre, le collage, les étoffes, l’acier, le papier-mâché, la diapositive, la vidéo et le marbre, c’est à un double parcours à travers une œuvre exigeante, cohérente et sensible que le visiteur est convié. Une œuvre résolument contemporaine qui, même lorsqu’elle prend la forme d’images, relève toujours de la sculpture.

A la fin des années 60, dans la lignée du Minimal Art, Lili Dujourie pose de simples plaques d’acier dans le bas des murs en peignant souvent la portion recouverte d’une couleur franche. Ce pan de mur coloré et partiellement masqué convoque la peinture et souligne le volume que l’œuvre occupe dans l’espace. Sa taille humaine et sa position périphérique font l’éloge d’une certaine discrétion. Dans toutes les pièces de l’artiste on retrouve ce déploiement : une forme dans un matériau précis – l’œuvre – prend position dans son époque, elle convoque toujours la peinture, souvent les mots (ceux de la littérature ou de la poésie) et la musique (surtout baroque).

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La série de photographies, Sans titre (nu masculin), renverse les rôles de l’artiste et du modèle (faut-il rappeler que les musées sont remplis de femmes nues peintes par des hommes) : elle place un corps masculin et nu au centre de l’image. L’éclairage de ce corps allongé révèle ses qualités sculpturales, mais contrairement aux sujets allégoriques, l’image de cet homme couché à même le sol a quelque chose d’androgyne et la lumière qui joue sur sa peau révèle toute sa fragilité.

Les collages, des morceaux d’images déchirées dans des magazines disposées par petites touches sur une grande surface ou à même le mur, se nomment Romans ; ils sont les bribes de toutes nos histoires. Les vidéos, toujours filmées en un plan unique, s’attardent sur un paysage marin ou enregistrent les mouvements lents de l’artiste dans un lieu clos.

Tant au SMAK qu’au Mu.ZEE, on trouve les sculptures textiles que l’artiste a produites dans les années 80. Le mélange de velours et de moires dans des drapés baroques évoque la peinture flamande et allie force plastique et sensualité. On peut en apprécier toute la subtilité et l’évidence au MSK de Gent (en face du SMAK) où la première de ces pièces, Maagdendale, est accrochée entre une Vierge à l’enfant assise entre deux anges du Maître de Francfort (fin XV°) et Le Repos pendant la fuite en Égypte d’Adriaen Isenbrant, un tableau du début du XVI° siècle. Dans la salle voisine, on peut observer la restauration de l’Agneau mystique que la petite Lili Dujourie allait souvent contempler dans la cathédrale Saint-Bavon.

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Parmi les œuvres les plus récentes de l’artiste, des sculptures en papier-mâché et posées à même le sol, la série Maelstrom – une question de tourbillon, d’agitation intense -, exprime une critique inquiète face aux flux d’information qui nous submergent. Dans les creux, pris dans la masse grise, on retrouve des morceaux colorés provenant de magazines déchirés comme ceux des collages Roman. Les bribes de nos histoires se noient dans le tourbillon de l’Histoire. Dans le même esprit, la série Meander est réalisée à partir de fragments du Financial Times.

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Il faudrait encore évoquer les drapés de plâtre, les sculptures de marbre, les miroirs, les pièces en argile,etc. Il faut surtout aller voir cette double exposition !

Plis du temps de Lili Dujourie jusqu’au 4 octobre au SMAK à Gent (www.smak.be) et au Mu.ZEE à Oostende (www.muzee.be)

 

 

 

Impressions de Venise 2015 (4)

Je me trouvais au pavillon arménien lorsque Adelina Cüberyan v. Fürstenberg est rentrée en tenant le Lion d’or dans ses bras.


Il est clair que les circonstances historico-politiques ont primé pour l’attribution de cette récompense. Certes, l’Isola de San Lazzaro degli Armeni est un lieu magnifique et un havre de paix au milieu de l’excitation vénitienne. Certes encore, l’exposition ‘Armenity’ est de grande qualité. Bien qu’assez inégale, elle recèle quelques oeuvres intéressantes : celles de Mekhitar Garabedian 
Ou celle de Nina Katchadourian.

Ma biennale touche à sa fin. Beaucoup d’autres choses ont retenu mon attention, il ne s’agissait, avec ces ‘Impressions’, que de garder quelques traces personnelles d’une visite, avant toute analyse ou réflexion. De fixer subjectivement les étapes de mes déambulations.

Impressions de Venise 2015 (3)

Ce vendredi, petit-déjeuner avec le Wiels et retour à l’Arsenal, pour revoir, réfléchir et confirmer les premières impressions. Pour aller jusqu’au bout du ‘Jardin de la Vierge’ et découvrir l’installation de  Sarah Sze.

Jean-Marie Straub


Harun Farocki

Chris Marker sous le ciel d’images de Kutlug Ataman

Le soir, face à la Giudecca, au coucher du soleil, a lieu une performance de Saadane Afif : un acteur, grimpé sur un cageot, déclame des poèmes face au canal. Moment magique !

Et puis, il y a Venise,

 Où l’on voudrait rester plus longtemps pour tout voir, tout cuisiner, tout déguster 

  

  

 

Impressions de Venise 2015 (2)

La journée a commencé et s’est terminée par des choix de collectionneurs. Le matin, Walter Vanhaerents présentait quelques oeuvres de sa collection sous le titre´Heart break Hotel’ à la Giudecca


Et le soir, c’est Axel Vervoordt qui présentait ‘Proportio’ au Palazzo Fortuny. On y trouve, parmi d’excellentes pièces, une formidable peinture d’Agnes Martin à laquelle répond la sculpture de Lucia Bru. On regrettera cependant que l’éclairage parcimonieux ne soit pas aux service de la bonne visibilité des oeuvres.

Je me suis ensuite rendue au pavillon central. Le même esprit et la même qualité qu’à l’Arsenal y règne. Parmi les oeuvres, je mentionnerai particulièrement la salle associant les photographies de Walker Evans et une série de maquettes de projets d’expositions de Isa Genzken


La triple projection d’Alexander Kluge autour du projet de réalisation du Capital de Marx par Eisenstein

 

 

La salle de Jérémy Deller

Et bien sûr l’Arena qui offre à chaque passage de nouvelles surprises ( bien plus que la lecture du Capital).


Après deux jours de visites incessantes, j’affirme que cette biennale est excellente !  Et pas forcément du côté des pavillons où le meilleur côtoie le pire ou qui provoquent l’indifférence, mais du côté de l’exposition conçue par Okwui Enwezor, ‘All the World’s Future’. Le propos est radicalement politique et engagé : une parole d’aujourd’hui qui s’appuie sur le présent et le passé pour tenter de construire un futur inédit. C’est aussi le propos du pavillon belge de Vincent Meessens et Katerina Gregos, ´Personne et les autres ´. Dans les deux cas, le caractère inévitablement discursif du propos s’incarne dans des formes plastiques fortes et poétiques.